De l’autre côté du mur

Comme une conversation inaudible parvenant de la pièce voisine, je savais qu’il y avait quelque chose d’intéressant qui se déroulait de l’autre côté. Les sons sourds et lointains ne parvenaient pas clairement jusqu’à moi. Quelques imperceptible bruissement de feuillages mêlés au travers le souffle du vent, le son d’un insecte passant près de moi  ou mes propres pas craquant une bout de bois au passage. Pourtant je suspectais encore beaucoup plus…

…Une fleur se déployant, la naissance d’un vers, l’érosion d’un rocher par la pluie ou des innombrables nouvelles ramifications de branches et racines. Tout ce monde magnifique autour de moi dont je n’avais toujours pas encore pris conscience. Seul mon dialogue avec moi-même était clair et précis.

Malgré tout ce qui aurait pu se dévoilé à moi, j’étais toujours mon seul et propre sujet.

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Une marcheuse se dirigeant vers les sentiers du Mont-Royal, Montréal.
© Texte et image par Marc-André Huot.

Bienvenu

Le contact entre lui et la nature était si peu fréquent qu’il s’en méfiait comme d’un inconnu. Il n’avait eu que très peu de contact avec la nature sauvage depuis longtemps. Il se glissait doucement sous les arbres en avançant que très lentement. Il prenait soin de poser ses pas soigneusement, évitant de piétiner certaines fleurs plutôt que d’autres. Il entendait des bruits, comme s’il y avait d’étranges créatures vivants dans ces lieux. De nouvelles odeurs s’échappaient des herbes hautes et chatouillaient sa curiosité. De nombreux visages se dessinaient tout autour de lui. Quelque peu timide, il prit le temps de se présenter pour s’apercevoir finalement qu’il était le bienvenu.

2019-12-25 - Boohleau - logo

© Texte et image par Marc-André Huot.

L’évidence cachée

Parmi les innombrables arbres se cachait une merveilleuse forêt.

Ce n’était plus juste une agglomération de tiges de bois à la verticale, mais l’interaction des arbres par de multiples moyens plus ou moins subtiles.

Parfois le souffle du vent, lentement poussait une pomme de pin et finissait par dévaler une petite pente allant buter sur le cailloux qui avait plus tôt été déplacé par le quelques vers se cachant du soleil. À l’ombre et au frais sous la roche, c’est aussi les racines qui discutaient avec les milles pattes pendant que sur le dessus un tamia grignotait furtivement un bolet.

Plus loin un geai bleu quittait un merisier pour aller se poser dans sur un érable à sucre. Le temps d’un battement d’aile, une feuille quitta sa branche pour aller se déposer plus bas dans un groupe de fougères encore jeunes. Se déroulant discrètement tout près d’un courant d’eau, les pousses dansaient sous la lumière ondoyante réfléchie par l’eau.

Miroitant à la surface de l’eau, les arbres et les nuages s’agitaient. Sous cette trame, de petits poissons s’y glissait esquivant branches mortes, pierres et algues. Il y avait tant d’activité qui unissait ce lieu. D’infinis échanges d’information, de communication plus ou moins claires et d’une complexité hors de notre atteinte.

Tout était là depuis le début, mais fallait-t-il encore s’arrêter un instant pour y découvrir l’évidence cachée.

2020-01-02 - Evidence cachée - logo

© Texte et image par Marc-André Huot.

Le poids du silence

En cette journée d’hiver, il regardait la forêt, calme et dénudée. Son regard évaluait la scène comme étant une toile plutôt grise et neutre. Seul quelques feuilles de hêtre couleur ocre frémissantes lui faisant croire tantôt à un oiseau, plus tard à une petite bête. D’ailleurs il aperçut plusieurs de leurs traces dans la neige sans jamais les voir. Où sont-ils?

Pas à pas, il se renfermait de plus en plus dans sa solitude. La paix qui régnait dans cette forêt était atténuée par son propre souffle et par ses pensées. La nature poussait parfois elle aussi quelques sons destinés à mourir sans être écouté. Comme le bruit de la télé qui perdure, jouant en arrière-plan des programmes ; déprogrammé. Dans sa tête les idées se bousculaient. L’envie d’être ici était forte, mais celle de là-bas et de s’échapper l’était encore plus.

Parcourant les sentiers enneigés, il était loin d’imaginer que ce calme serait si bruyant. Il faisait maintenant face à lui-même. Il pensait à toutes sortes de choses. Au tort qu’il aurait pu causer à autrui, à dire je t’aime à ses enfants, à la personne qu’il voudrait devenir, aux efforts et à la constance que cela demandera. Il avait un peu peur, mais il alimentait la conversation avec lui-même et ses multiples pensées. Quelques autres trucs auraient pu être dit, mais ceux-là, il décida de les laisser se décomposer à l’intérieur.

Les journées étaient courtes et il était temps de rentrer vers la maison. Il fallait bien réchauffer un brin le poêle à bois. Avant de retourner à l’intérieur, il prit quelques bûches puis leva la tête vers le ciel. La lune était déjà là et les étoiles commençaient à poindre. La lueur dessinait les contours des arbres et il déposa les bûches pour apprécier plus longuement ce moment de calme. Enfin, la poussière de ses idées retombaient lentement comme la neige de janvier.

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Sentier enneigée, Saint-Élie-de-Caxton.

© Texte et image par Marc-André Huot.

Le calme après la tempête

Chaque pas qu’il entreprenait se multipliait par deux. Le temps semblait avoir été substitué par les pas répétitifs, mais leur irrégularité le transportait dans un endroit sans repères. Le brouillard, le froid et la pluie cinglante le ramenait à lui-même et ses propres limites. Dans ces conditions, les distances se mesuraient en terme de volonté.

Perçant le nuage d’incertitude, il finit par trouver un panneau lui indiquant qu’il avait enfin atteint le sommet. Il fallait maintenant revenir au camp.

La descente s’annonçait plus difficile que prévu. Son pied qui flanchait, ses crampes et les rochers glissants étaient autant de signaux lui avertissant que ce n’était plus lui le maître, mais la montagne. Il lui devait le respect. Il ralenti quelque peu. Son but n’était pas d’arriver en vitesse malgré l’inconfort de la situation, mais de tout simplement arrivé en bas en une seule pièce. Une fois la forêt atteinte, le climat s’adoucit.

Lui et le calme étaient enfin de retour.

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Mont Katahdin, Baxter State Park dans le Maine, aux États-Unis.

© Texte et image par Marc-André Huot.

Après le boulot

Acier, froideur, stress et cadence effrénée. Lourdeur, épuisement mental, répétition et gestes conditionnés par des procédures jamais remises en question. Heureusement la cloche sonne et la journée à l’usine est finalement terminée.

L’ouvrier était assommé par une dure journée au travail. Il décida donc de s’arrêter un instant dans un petit boisé qu’il croisait tout les jours sur la route du boulot mais dont il n’avait jamais pris la peine d’aller voir. La routine du soir à la maison pouvaient bien attendre. C’était une magnifique journée et il allait retrouver sa douce un peu plus tard car elle avait rendez-vous avec une amie.

Il stoppa sa voiture et marcha quelques pas pour rejoindre l’entrée du parc. En s’engageant dans le petit chemin balisé, il était touché par cette radiance tamisée par les arbres. Durant le jour, l’absence de lumière naturelle dans les murs de l’usine l’avait privait d’une énergie substantielle. La redondance des bruits de machines faisait maintenant place à un rhyme plus lent et une mélodie plus légère. Les bruits assourdissants des engins mécaniques et des automates frénétiques marchait encore en écho dans sa tête. Cela n’empêchait pas la bonne humeur monter en lui à chaque pas qu’il effectuaient. La lumière tachetée sur son visage lui donnait un air plus radieux. De subtiles odeurs étaient confinées dans ce petit lot de verdure lui-même compressé à l’intérieur de cette lourde ville. Le temps se dilatait quelque peu.

Sa marche l’emmena à rencontrer des gens souriants. Certains joggaient, d’autres contemplaient. Chacun sa vitesse. Ils ont de belles vies estimait-il. Il repensait à ses enfants qui, cette semaine là, étaient chez leur maman. Ah oui, les joies de la garde partagée se disait-il. Un peu plus de temps pour se reconstruire et pouvoir réfléchir à comment maximiser son temps avec eux à leur retour. Le rendement, encore le rendement. Il avait du mal à décrocher complètement.

Après un peu plus d’une heure passer au contact de la nature, il retourna quand même avec plus de légèreté à la maison. Il profita de ce moment de solitude pour faire des choses pour lui. Tout était simple. À son retour, sa conjointe fut surprise de le voir attentionné. Il l’embrassa tendrement. Certains petits détails lui échappaient encore, mais une nouvelle partie d’elle s’était offert à lui. Ils étaient heureux.

2019-07-24 - 2 Noyers cendrés, Parc LaFrayère, Bouchrville - logo.jpg2 Noyers cendrés, Parc LaFrayère, Boucherville.

 

© Texte et image par Marc-André Huot.

 

« Alors que, selon l’opinion de la bonne société, se laisser aller à la contemplation est la faute la plus grave que puisse commettre un citoyen, selon l’opinion la plus cultivée c’est la seule occupation correcte pour l’homme ». – Oscar Wilde

Élévation

Gravir une montagne. Regarder vers le haut et penser pouvoir atteindre le sommet. Ce sentiment de détermination qui habite le randonneur au pied de la montagne. Enveloppée par les nuages, la hauteur de celle-ci paraît encore plus grande. L’illusion de l’infranchissable s’installe sournoisement, mais il est encore tôt et il s’est résolu à atteindre le haut de ce colosse. Il se sent prêt et le voilà à peine arrivé qu’il entame ses premiers pas.

Le sentier se présente devant lui. Les arbres se referment doucement derrière et il pénètre la forêt. L’abondante végétation est nourrie par l’eau apportée des ruisseaux un peu plus haut. À cet étape, les obstacles ne forment que de légers remous à l’image des cascades qui bordent son chemin. Quelques pierres plus grosses forment des escaliers démesurés. Création d’un architecte désorienté par ses propres plans, qui sait? Le parcours se poursuit par les tracés des racines dénudées cherchant à s’agripper aux pieds des passants maladroits. Heureusement il est concentré et il continu son ascension. Il se promet d’atteindre le prochain plateau, mais où est-il? Le souffle se fait plus court, les jambes vont bien. Il fait une petite pause.

Après s’être hydraté, il remet son sac à son dos et le voilà de nouveau reparti. Cette fois-ci le décors semble s’effacer de temps à autre puisqu’il à de plus en plus le regard fixé sur ses pieds. Sa concentration se centre vers le souffle. La montée se fait plus difficilement que prévu. Ses muscles se réchauffent et il calcule davantage ses pas afin d’économiser ses énergies. Il recherche un équilibre entre l’effort physique et la contemplation. Pas très évident donc il décide de s’arrêter pour une seconde fois.

Quelques bouchées de noix et de fruits séchés lui redonne un peu de courage. Il se retourne et la vue est magnifique! Des montagnes recouvertes d’un tapis d’arbres verdoyants lui rappelent les mousses sur les rochers. Il se sent soudainement petit. Il se retourne à flanc de montagne et malgré la douleur, il monte encore quelques mètres. Comme ses jambes, le dénivelé se fait plus raide. Il a mal, mais il ne s’avoue toujours pas vaincu. Cette souffrance n’est que l’autre extrémité du bonheur et de la satisfaction qu’il en retirera. Les arbres se font plus petits et le sentier s’ouvre enfin. L’horizon s’offre maintenant à 360 degrés. Le vent souffle et refroidi sa peau trempée par l’effort soutenue. Il prend un moment pour apprécier ce que la nature à de plus beau à offrir.

Les montagnes environnantes forment des vagues qui se fondent vers l’infini. À cet instant précis, il est le maître du navire. Il est fier mais il n’est qu’à mi-chemin…

Ayant atteint le sommet, à son retour il continuera de s’élever.

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Mont Lafayette, White Mountains dans le New Hampshire, aux États-Unis.

© Texte et image par Marc-André Huot.

Plus d’infos sur la randonnée au mont Lafayette : https://hikster.com/hikes/59078/

  • « L’alpiniste est un homme qui conduit son corps là où, un jour, ses yeux ont regardé ».Gaston Rébuffat

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Kamouraska

Portée par le fleuve, une belle souche d’arbre termina son voyage sur les berges de Kamouraska. Salée par les eaux du fleuve St-Laurent, sa couleur était devenue pâle, presque blanche. Au loin, l’odeur légère d’un feu de bois se mélangeait à celle du varech laissé par le retrait de la marée. Découvrant moi aussi ce lieu pour la première fois, je fis la rencontre avec ce vieux morceau de bois. Je pris place sur son dos lissé par le temps. Le regard naviguant entre les cailloux multicolore, les algues séchées et l’horizon, je basculais dans mes pensées vagues et profondes. La fraîcheur s’installa et le vent marin m’apporta quelques réflexions qui traversaient tout mon corps. Le réel fit place à l’imaginaire.

Pourquoi avoir entrepris ce parcours initialement? Nul ne le sait. Tant de choses nous y ont poussé, tant de choses nous y ont contraint. L’arbre qui vient s’échouer sur le rivage après avoir parcouru une certaine distance sur le fleuve n’a sans doute jamais imaginé pouvoir toucher cette terre nouvelle, couché à l’horizontal sous le poids d’un homme se questionnant lui-même sur son propre parcours.

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© Texte et image par Marc-André Huot.

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L’orage

Après avoir progressé quelques heures en montagne, l’orage s’est insinué entre le marcheur et la forêt. Au premier abord il considéra ce moment comme une intimité interrompue entre lui et ce somptueux décor.

Peut-être que cette pluie faisait partie de cette conversation secrète? Quelques mots supplémentaires pour alimenter cet échange?

Croyant que la brume tendait à cacher lentement la scène, il fut surpris de constater que c’est d’un point de vue révélateur que se proposait l’endroit. L’atmosphère s’épaissit tandis que son esprit s’éclaircit. En s’adaptant aux changements, il s’offrit la force de poursuivre son parcours.

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© Texte et image par Marc-André Huot.

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