Un ami

L’enfant courait autour des arbres comme il le faisait avec ses amis. D’ailleurs un de ces arbres était son meilleur ami. Il pouvait toujours compter sur lui. Il répondait toujours présent lorsqu’il voulait grimper à ses branches. Par une chaude journée d’été, ses feuilles lui apportait l’ombre nécessaire au confort d’une lecture près de ses racines. Parfois une brindille cassée pouvait se transformer en épée magique et faire de lui un chevalier honorable. Chaque fois qu’il allait dehors pour jouer il savait qu’il pouvait compter sur son grand frère. Il était peu bavard, mais sa présence il en disait peut-être plus qu’il ne le lassait croire.

Une fois l’enfant devenu adulte, il espérait que les mots de l’arbre soient toujours aussi audible pour lui. Maintenant devenu papa, son fils allait lui transmettre ce que l’arbre avait à lui dire.

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« Un enfant qui court au Parc Maisonneuve-Rosemont. »
© Texte et image par Marc-André Huot.

Séparé, retrouvé

Le contact entre lui et la nature était si peu fréquent qu’il s’en méfiait comme d’un inconnu. Il dû, forcé par les événements, traverser une forêt afin de s’isoler contre une menace portée contre lui. Étrangement, ce lieu méconnu se transformait soudainement en un abri protecteur. Il était loin des regards l’accusant de négligence envers son environnement, les siens et lui-même. Se retrouvant séparé de sa vie antérieur, il disparu à travers les bois.

La mystérieuse blancheur d’un bouleau sillonnant l’opacité de la forêt portait son regard vers le haut. Ses pensées se dissolvaient pour se fondre lentement dans les multiples branches entrecroisées. L’unité contenait la variété. Il était contenu dans la forêt.

C’était un juste équilibre entre le présent et le futur. ll profitait des satisfactions immédiates de l’instant présent et volontairement il remettait certaines gratifications à plus tard. Il s’épanouissait puisqu’il avait la capacité à choisir librement, selon les circonstances entre c’est deux visions; ici et là-bas. En être pleinement conscient fût le premier pas vers la maîtrise de son temps et la façon dont il allait le ressentir.

Il atteignit finalement la limite de la forêt après de longues heures passé en ces lieux. Longeant quelque temps l’orée des bois, il finit par retrouver les siens.

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Trace blanche. Saint-Élie-de-Caxton, Québec.
© Texte et image par Marc-André Huot.

 

« Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

« La Terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la Terre. »

Souplesse

Savoir s’adapter aux aléas de la vie, c’est ce que l’arbre fait toujours puisqu’il ne peut s’enfuir. Il réoriente ses forces afin de poursuivre son parcours. Il prend des formes qu’il n’aurait surement pas pris dans d’autres circonstances. Mais jamais il  ne s’en plaint. Il continue sa croissance en incorporant tout les durs coups qu’il a subit et l’exprime dans sa forme. Il se redéfini sans cesse et de ce fait, lorsque je passe à ses côtés, effleurant lentement son écorce pour bien le sentir, mon regard se pose sur lui et  je me dit que finalement il n’y a rien qui soit définit vraiment clairement. Tout est plutôt sans forme ni contour. Tout empiète sur tout et c’est avec souplesse qu’on doit circuler dans ce flot d’incessant changements et de forces contradictoires.

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Souplesse ligneuse. Saint-Élie-de-Caxton, Québec.
© Texte et image par Marc-André Huot.

 

« Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit, ni le plus intelligent. C’est celui qui sait le mieux s’adapter au changement. »
– Charles Darwin

De l’autre côté du mur

Comme une conversation inaudible parvenant de la pièce voisine, je savais qu’il y avait quelque chose d’intéressant qui se déroulait de l’autre côté. Les sons sourds et lointains ne parvenaient pas clairement jusqu’à moi. Quelques imperceptible bruissement de feuillages mêlés au travers le souffle du vent, le son d’un insecte passant près de moi  ou mes propres pas craquant une bout de bois au passage. Pourtant je suspectais encore beaucoup plus…

…Une fleur se déployant, la naissance d’un vers, l’érosion d’un rocher par la pluie ou des innombrables nouvelles ramifications de branches et racines. Tout ce monde magnifique autour de moi dont je n’avais toujours pas encore pris conscience. Seul mon dialogue avec moi-même était clair et précis.

Malgré tout ce qui aurait pu se dévoilé à moi, j’étais toujours mon seul et propre sujet.

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Une marcheuse se dirigeant vers les sentiers du Mont-Royal, Montréal.
© Texte et image par Marc-André Huot.

Bienvenu

Le contact entre lui et la nature était si peu fréquent qu’il s’en méfiait comme d’un inconnu. Il n’avait eu que très peu de contact avec la nature sauvage depuis longtemps. Il se glissait doucement sous les arbres en avançant que très lentement. Il prenait soin de poser ses pas soigneusement, évitant de piétiner certaines fleurs plutôt que d’autres. Il entendait des bruits, comme s’il y avait d’étranges créatures vivants dans ces lieux. De nouvelles odeurs s’échappaient des herbes hautes et chatouillaient sa curiosité. De nombreux visages se dessinaient tout autour de lui. Quelque peu timide, il prit le temps de se présenter pour s’apercevoir finalement qu’il était le bienvenu.

2019-12-25 - Boohleau - logo

© Texte et image par Marc-André Huot.

L’évidence cachée

Parmi les innombrables arbres se cachait une merveilleuse forêt.

Ce n’était plus juste une agglomération de tiges de bois à la verticale, mais l’interaction des arbres par de multiples moyens plus ou moins subtiles.

Parfois le souffle du vent, lentement poussait une pomme de pin et finissait par dévaler une petite pente allant buter sur le cailloux qui avait plus tôt été déplacé par le quelques vers se cachant du soleil. À l’ombre et au frais sous la roche, c’est aussi les racines qui discutaient avec les milles pattes pendant que sur le dessus un tamia grignotait furtivement un bolet.

Plus loin un geai bleu quittait un merisier pour aller se poser dans sur un érable à sucre. Le temps d’un battement d’aile, une feuille quitta sa branche pour aller se déposer plus bas dans un groupe de fougères encore jeunes. Se déroulant discrètement tout près d’un courant d’eau, les pousses dansaient sous la lumière ondoyante réfléchie par l’eau.

Miroitant à la surface de l’eau, les arbres et les nuages s’agitaient. Sous cette trame, de petits poissons s’y glissait esquivant branches mortes, pierres et algues. Il y avait tant d’activité qui unissait ce lieu. D’infinis échanges d’information, de communication plus ou moins claires et d’une complexité hors de notre atteinte.

Tout était là depuis le début, mais fallait-t-il encore s’arrêter un instant pour y découvrir l’évidence cachée.

2020-01-02 - Evidence cachée - logo

© Texte et image par Marc-André Huot.

Le poids du silence

En cette journée d’hiver, il regardait la forêt, calme et dénudée. Son regard évaluait la scène comme étant une toile plutôt grise et neutre. Seul quelques feuilles de hêtre couleur ocre frémissantes lui faisant croire tantôt à un oiseau, plus tard à une petite bête. D’ailleurs il aperçut plusieurs de leurs traces dans la neige sans jamais les voir. Où sont-ils?

Pas à pas, il se renfermait de plus en plus dans sa solitude. La paix qui régnait dans cette forêt était atténuée par son propre souffle et par ses pensées. La nature poussait parfois elle aussi quelques sons destinés à mourir sans être écouté. Comme le bruit de la télé qui perdure, jouant en arrière-plan des programmes ; déprogrammé. Dans sa tête les idées se bousculaient. L’envie d’être ici était forte, mais celle de là-bas et de s’échapper l’était encore plus.

Parcourant les sentiers enneigés, il était loin d’imaginer que ce calme serait si bruyant. Il faisait maintenant face à lui-même. Il pensait à toutes sortes de choses. Au tort qu’il aurait pu causer à autrui, à dire je t’aime à ses enfants, à la personne qu’il voudrait devenir, aux efforts et à la constance que cela demandera. Il avait un peu peur, mais il alimentait la conversation avec lui-même et ses multiples pensées. Quelques autres trucs auraient pu être dit, mais ceux-là, il décida de les laisser se décomposer à l’intérieur.

Les journées étaient courtes et il était temps de rentrer vers la maison. Il fallait bien réchauffer un brin le poêle à bois. Avant de retourner à l’intérieur, il prit quelques bûches puis leva la tête vers le ciel. La lune était déjà là et les étoiles commençaient à poindre. La lueur dessinait les contours des arbres et il déposa les bûches pour apprécier plus longuement ce moment de calme. Enfin, la poussière de ses idées retombaient lentement comme la neige de janvier.

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Sentier enneigée, Saint-Élie-de-Caxton.

© Texte et image par Marc-André Huot.

Le calme après la tempête

Chaque pas qu’il entreprenait se multipliait par deux. Le temps semblait avoir été substitué par les pas répétitifs, mais leur irrégularité le transportait dans un endroit sans repères. Le brouillard, le froid et la pluie cinglante le ramenait à lui-même et ses propres limites. Dans ces conditions, les distances se mesuraient en terme de volonté.

Perçant le nuage d’incertitude, il finit par trouver un panneau lui indiquant qu’il avait enfin atteint le sommet. Il fallait maintenant revenir au camp.

La descente s’annonçait plus difficile que prévu. Son pied qui flanchait, ses crampes et les rochers glissants étaient autant de signaux lui avertissant que ce n’était plus lui le maître, mais la montagne. Il lui devait le respect. Il ralenti quelque peu. Son but n’était pas d’arriver en vitesse malgré l’inconfort de la situation, mais de tout simplement arrivé en bas en une seule pièce. Une fois la forêt atteinte, le climat s’adoucit.

Lui et le calme étaient enfin de retour.

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Mont Katahdin, Baxter State Park dans le Maine, aux États-Unis.

© Texte et image par Marc-André Huot.

Après le boulot

Acier, froideur, stress et cadence effrénée. Lourdeur, épuisement mental, répétition et gestes conditionnés par des procédures jamais remises en question. Heureusement la cloche sonne et la journée à l’usine est finalement terminée.

L’ouvrier était assommé par une dure journée au travail. Il décida donc de s’arrêter un instant dans un petit boisé qu’il croisait tout les jours sur la route du boulot mais dont il n’avait jamais pris la peine d’aller voir. La routine du soir à la maison pouvaient bien attendre. C’était une magnifique journée et il allait retrouver sa douce un peu plus tard car elle avait rendez-vous avec une amie.

Il stoppa sa voiture et marcha quelques pas pour rejoindre l’entrée du parc. En s’engageant dans le petit chemin balisé, il était touché par cette radiance tamisée par les arbres. Durant le jour, l’absence de lumière naturelle dans les murs de l’usine l’avait privait d’une énergie substantielle. La redondance des bruits de machines faisait maintenant place à un rhyme plus lent et une mélodie plus légère. Les bruits assourdissants des engins mécaniques et des automates frénétiques marchait encore en écho dans sa tête. Cela n’empêchait pas la bonne humeur monter en lui à chaque pas qu’il effectuaient. La lumière tachetée sur son visage lui donnait un air plus radieux. De subtiles odeurs étaient confinées dans ce petit lot de verdure lui-même compressé à l’intérieur de cette lourde ville. Le temps se dilatait quelque peu.

Sa marche l’emmena à rencontrer des gens souriants. Certains joggaient, d’autres contemplaient. Chacun sa vitesse. Ils ont de belles vies estimait-il. Il repensait à ses enfants qui, cette semaine là, étaient chez leur maman. Ah oui, les joies de la garde partagée se disait-il. Un peu plus de temps pour se reconstruire et pouvoir réfléchir à comment maximiser son temps avec eux à leur retour. Le rendement, encore le rendement. Il avait du mal à décrocher complètement.

Après un peu plus d’une heure passer au contact de la nature, il retourna quand même avec plus de légèreté à la maison. Il profita de ce moment de solitude pour faire des choses pour lui. Tout était simple. À son retour, sa conjointe fut surprise de le voir attentionné. Il l’embrassa tendrement. Certains petits détails lui échappaient encore, mais une nouvelle partie d’elle s’était offert à lui. Ils étaient heureux.

2019-07-24 - 2 Noyers cendrés, Parc LaFrayère, Bouchrville - logo.jpg2 Noyers cendrés, Parc LaFrayère, Boucherville.

 

© Texte et image par Marc-André Huot.

 

« Alors que, selon l’opinion de la bonne société, se laisser aller à la contemplation est la faute la plus grave que puisse commettre un citoyen, selon l’opinion la plus cultivée c’est la seule occupation correcte pour l’homme ». – Oscar Wilde

Élévation

Gravir une montagne. Regarder vers le haut et penser pouvoir atteindre le sommet. Ce sentiment de détermination qui habite le randonneur au pied de la montagne. Enveloppée par les nuages, la hauteur de celle-ci paraît encore plus grande. L’illusion de l’infranchissable s’installe sournoisement, mais il est encore tôt et il s’est résolu à atteindre le haut de ce colosse. Il se sent prêt et le voilà à peine arrivé qu’il entame ses premiers pas.

Le sentier se présente devant lui. Les arbres se referment doucement derrière et il pénètre la forêt. L’abondante végétation est nourrie par l’eau apportée des ruisseaux un peu plus haut. À cet étape, les obstacles ne forment que de légers remous à l’image des cascades qui bordent son chemin. Quelques pierres plus grosses forment des escaliers démesurés. Création d’un architecte désorienté par ses propres plans, qui sait? Le parcours se poursuit par les tracés des racines dénudées cherchant à s’agripper aux pieds des passants maladroits. Heureusement il est concentré et il continu son ascension. Il se promet d’atteindre le prochain plateau, mais où est-il? Le souffle se fait plus court, les jambes vont bien. Il fait une petite pause.

Après s’être hydraté, il remet son sac à son dos et le voilà de nouveau reparti. Cette fois-ci le décors semble s’effacer de temps à autre puisqu’il à de plus en plus le regard fixé sur ses pieds. Sa concentration se centre vers le souffle. La montée se fait plus difficilement que prévu. Ses muscles se réchauffent et il calcule davantage ses pas afin d’économiser ses énergies. Il recherche un équilibre entre l’effort physique et la contemplation. Pas très évident donc il décide de s’arrêter pour une seconde fois.

Quelques bouchées de noix et de fruits séchés lui redonne un peu de courage. Il se retourne et la vue est magnifique! Des montagnes recouvertes d’un tapis d’arbres verdoyants lui rappelent les mousses sur les rochers. Il se sent soudainement petit. Il se retourne à flanc de montagne et malgré la douleur, il monte encore quelques mètres. Comme ses jambes, le dénivelé se fait plus raide. Il a mal, mais il ne s’avoue toujours pas vaincu. Cette souffrance n’est que l’autre extrémité du bonheur et de la satisfaction qu’il en retirera. Les arbres se font plus petits et le sentier s’ouvre enfin. L’horizon s’offre maintenant à 360 degrés. Le vent souffle et refroidi sa peau trempée par l’effort soutenue. Il prend un moment pour apprécier ce que la nature à de plus beau à offrir.

Les montagnes environnantes forment des vagues qui se fondent vers l’infini. À cet instant précis, il est le maître du navire. Il est fier mais il n’est qu’à mi-chemin…

Ayant atteint le sommet, à son retour il continuera de s’élever.

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Mont Lafayette, White Mountains dans le New Hampshire, aux États-Unis.

© Texte et image par Marc-André Huot.

Plus d’infos sur la randonnée au mont Lafayette : https://hikster.com/hikes/59078/

  • « L’alpiniste est un homme qui conduit son corps là où, un jour, ses yeux ont regardé ».Gaston Rébuffat

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